Amnistie syndicale : les dessous d'un scandale d'Etat

Pour éviter un scandale d’Etat, les députés retoquent le projet d’amnistie syndicale dont Sauvegarde Retraites avait révélé la véritable nature.

Machine arrière toute ! Le 27 février dernier, le Sénat votait une proposition de loi dite « d’amnistie sociale », déposée par les communistes, qui consistait à blanchir les délits commis par les syndicalistes. Deux versions de cette affaire existent : la « version light » servie aux différents médias et la « version off » que nos politiques tentent tant bien que mal de dissimuler…
La version « light »
Cette version est désormais bien huilée : la proposition de loi votée au Sénat aurait pour unique objectif d’absoudre les délits commis par quelques syndicalistes dans le cadre des grèves et des manifestations : violences, dégradations, etc..
Il s’agirait, ainsi, de poser un geste d’apaisement envers les ouvriers en colère suite à la perte de leur emploi. Au demeurant, pour éviter toute dérive laxiste, les socialistes et le gouvernement décident même de limiter la portée du texte (par voie d’amendement), en excluant les violences physiques et les délits passibles de plus de 5 ans de prison (contre 10 initialement).
Une fois le texte arrivé devant l’Assemblée nationale, la majorité fait cependant volte face et retoque purement et simplement le texte en commission des lois. Pour justifier ce revirement, la version officielle évoque la sagesse : la loi républicaine doit s’appliquer à tous, sans aucun passe-droit… Au diable les lois d’amnistie !
La version « off »
Seulement voilà, la réalité est moins rose et cache un véritable scandale d’Etat. Cette version, révélée par Sauvegarde Retraites, est beaucoup moins avouable. Le texte voté au Sénat n’était, en réalité, qu’un cheval de Troie destiné à blanchir les multiples délits financiers commis par des syndicalistes, notamment dans le cadre de la gestion des comités d’établissement d’entreprises publiques (SNCF, RATP, etc…), sans oublier certaines affaires incluant également des organisations professionnelles comme, par exemple, celles de l’IUMM et de la CGT !
Cette information a été reprise le 13 mars par le Canard Enchaîné : « L’article 1 du texte amnistie tous les délits prévus au livre III du code pénal », à savoir « les dégradations ou destructions, mais aussi le vol, l’escroquerie, le blanchiment ou l’abus de bien social commis à l’occasion d’activités syndicales. Adieu les enquêtes visant les comités d’entreprise de la SNCF, d’Air France ou d’EDF » ! Puis, dans la foulée, Le Monde a répercuté l’information.
Il est clair que cette amnistie des délits financiers, qui empoisonnent la vie des syndicats, était le véritable objectif de ce tour de passe-passe… D’ailleurs, condamné pour le saccage de la préfecture de Compiègne, le syndicaliste de Continental Xavier Mathieu ne comprend pas la proposition de loi entendue exclusivement dans le sens d’une amnistie des violences et dégradations : « Combien cela représente de syndicalistes ? Je peux vous dire : une misère, quasiment personne ». Avant d’ajouter : « si c’est pour que le PS dise : on a sauvé la tête à Mathieu, on est des grands défenseurs du monde ouvrier, qu’ils aillent se faire foutre avec leur loi d’amnistie, je n’en ai rien à foutre ! » (BFM TV/RMC, Bourdin direct, le 24 avril 2013).
Par ailleurs, le cabinet de Christiane Taubira a lui-même reconnu qu’il y avait un problème, prétendant cependant qu’il ne s’en était pas rendu compte (voir le Canard enchaîné du 13 mars 2013). Peut-on vraiment le croire ?
La véritable raison du rétropédalage des socialistes et du gouvernement à l’Assemblée est donc là : il s’agit ni plus ni moins que de s’épargner un nouveau scandale d’Etat… Ils y avaient plutôt intérêt !

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