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Le culte de la répartition à l’épreuve des réalités démographiques

Pendant des décennies, la retraite par répartition a été présentée comme le socle idéal du système de retraite français, mais elle ne résiste pas au déclin de la natalité

Pendant des décennies, le système de retraite français a été présenté comme une véritable panacée à travers une multitude de textes officiels, tous plus laudateurs les uns que les autres, le dithyrambe confinant parfois même à la sacralisation. Oser une critique, même constructive, sur son fonctionnement et c’était le pilori. Il fallait répondre de tous les chefs d’accusation à commencer par celui d’« intelligence » avec le grand capital, puisque douter de l’avenir du système et de son esprit de justice, c’était remettre en cause la sacro-sainte répartition et douter de la sacro-sainte répartition, faisait forcément de nous des suppôts d’une capitalisation placée sous les griffes d’aigrefins et, donc, soumises aux pires aléas. Rappelez-vous, c’est ce qui nous était présenté comme « l’horreur économique ! » CQFD… Bref, tous les poncifs y passaient, répétés à l’envi, des plus simplistes aux plus caricaturaux. La propagande allait bon train pour justifier le culte rendu à la répartition, soi-disant fondée sur la fameuse solidarité entre les générations.

Mais voilà, même au royaume des bons sentiments placé sous les hospices de la grande redistribution (surtout lorsqu’il s’agit de l’argent des autres, les charges étant indéfiniment reportées sur les générations à venir), les idoles peuvent tout de même se fracasser sur le mur des réalités. Or, le constat est ici sans appel, qu’il s’agisse de l’instant présent ou de l’avenir…

Aujourd’hui, les déficits charriés par les systèmes de retraite sont l’un des plus gros tabous de la politique financière. Mais ce qui a toujours été savamment dissimulé dans la comptabilité publique, par un savant jeu de cavalerie budgétaire, devient un secret de polichinelle : une retraite sur cinq n’est plus financée. Alors, pour boucler les exercices, il faut au bout du compte recourir massivement à l’emprunt. Un comble, lorsque l’on sait que durant des décennies on nous a rebattu les oreilles en nous expliquant par « A » plus « B » que la répartition, c’était le bien, alors qu’au contraire, la capitalisation était intrinsèquement mauvaise, puisqu’elle engraissait en priorité les marchés… Tout ça, donc, pour en arriver là : une répartition incapable de s’auto-financer sans un secours massif des marchés, auxquels nous payons en contrepartie des intérêts de plus en plus élevés !

Enfin, le plus invraisemblable, c’est que, malgré ce constat qui devrait révolter les syndicalistes de tous poils et autres LFIstes, il y a encore des esprits obtus pour s’opposer à toute réforme des systèmes de retraite en arguant que, lorsque le plus gros de la génération du papy-boom aura passé l’arme à gauche, les déséquilibres démographiques seront moins importants dans les régimes par répartition. L’avenir s’annoncerait donc beaucoup plus clément. En somme, il suffirait de faire le dos rond, d’attendre le temps que « l’éléphant démographique » passe et s’éloigne du champ de la protection sociale. Or, le moins que l’on puisse dire, c’est que les dernières prévisions de l’Insee (janvier 2026) ne vont pas du tout dans ce sens ! L’indicateur conjoncturel de fécondité ne cesse de reculer pour s’établir à 1,56 enfant par femme (donc largement en-dessous du seuil de renouvellement des générations, qui se fixe au-delà de 2), après avoir été de 1,61 en 2024 et alors qu’il était encore de 2,02 en 2010. Il faut remonter à plus d’un siècle, en pleine Première Guerre mondiale, pour trouver un indice de fécondité inférieur. C’était en 1916, alors que les combats faisaient rage et que toute une génération d’hommes était mobilisée sur le front et que les soldats tombaient comme des mouches… C’est à peine croyable !

Rien de bon pour l’avenir de la répartition évidemment, bien au contraire…

Cette baisse actuelle des naissances a évidemment de multiples causes, notamment le manque de perspectives laissées aux jeunes générations à qui on lègue une économie atone et grevée de charges et de surtaxes. Sans compter un discours écologique alarmiste, teinté de malthusianisme et de promotion de la décroissance. Le paradoxe est ici saisissant : ce sont les mêmes milieux politiques qui ont sacralisé le « tout répartition » de la retraite qui diffusent également un esprit décliniste et soutiennent une politique par essence antinataliste… Quel cynisme !


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