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Comment l'AGIRC ARRCO a enterré la pension d'un retraité vivant

Pendant près de quatre mois, M. Marcel Bras a été privé de pension par l’AGIRC-ARRCO, pour … "suspicion de décès " ! Un traitement spécial réservé à des citoyens français vivant en France, alors que la fraude aux retraites en Algérie est combattue beaucoup moins énergiquement

M. Marcel Bras, retraité âgé de quatre-vingt-sept ans, habite une petite ville auvergnate. En mars 2021, la caisse de retraite complémentaire Humanis Malakoff interrompt brutalement le versement de la pension de quelque 800 € par mois qu’elle lui payait jusqu’alors. Ce groupe de protection sociale, attaché à l’AGIRC-ARRCO, le suspectait en effet d’être… mort. Et avait donc enterré sa pension sans prendre le soin d’approfondir la question !

Bien que la caisse complémentaire lui ait coupé les vivres sans même prendre la peine de l’en avertir, Monsieur Bras continuait pourtant d’être toujours de ce monde et bien décidé à y rester. En outre, il n’était supposé qu’à moitié mort, puisque sa pension de retraite de base continuait à lui être servie par la CARSAT. Défunt à l’AGIRC-ARRCO, mais vivant à la CARSAT, Monsieur Bras n’avait donc qu’un pied dans la tombe administrative.

Cette présomption de demi-trépas ne l’a pas empêché de se battre avec acharnement pour récupérer ses droits. Et ce sont de multiples appels à la caisse que lui et son épouse ont passé pour tenter de démêler la situation et obtenir la restitution de la pension – avec les arriérés puisque, comparable à M. de La Palice qui était encore en vie un quart d’heure avant sa mort, Marcel Bras, vivant en juin, l’était aussi en mars, avril et mai...

  • Première réaction de la caisse : elle ne pouvait pas payer la pension car elle n’aurait pas eu le relevé d’identification bancaire de Monsieur Bras (qui n’avait pourtant pas changé depuis des années). Le RIB demandé a donc été aussitôt envoyé. Sans effet !
  • Les Bras se sont ensuite vu réclamer un certificat de naissance, que la caisse avait pourtant déjà obtenu directement de la mairie sans en tirer aucune conclusion concernant la survie de Monsieur Bras. Ce dernier s’est empressé de fournir le document exigé ! Pas plus de succès !
  • Le couple alors fait intervenir le député du Puy-de-Dôme, Madame Pirès-Beaune,
  • et pris conseil auprès de Sauvegarde Retraites. Après une multitude d’échanges téléphoniques avec la caisse en obtenant des réponses toujours différentes, après l’envoi de plusieurs courriers en recommandé, après l’expédition de pas moins de quatre actes de naissance certifiant que Monsieur Bras était toujours vivant... toujours rien ! Quand un régime de retraite décide que vous êtes mort, la résurrection devint un exercice fichtrement difficile…

Au bout de quatre mois de bataille, Monsieur Bras finit par obtenir gain de cause. Le 9 juin, prenant enfin acte du regrettable entêtement du retraité récalcitrant à se compter au nombre des vivants, Humanis Malakoff lui a règle enfin son dû et lui restitue l’essentiel de sa pension complémentaires. Mais à l’heure où nous écrivons, deux autres deux caisses de l’AGIRC-ARRCO - la Carcept et IRP Auto - retiennent encore les parts de pension, plus modiques, mais réelles, qu’elles lui doivent. Pour ces complémentaires, Monsieur Bras reste donc un mort vivant !

Cette situation absolument absurde, ce traitement ubuesque des retraités qui se trouvent soumis, pieds et poings liés, au bon vouloir de caisses qui devraient être à leur service, sont insupportables. Comment subsister quand, par l’effet d’une simple suspicion des caisses de retraite, le versement de la pension est coupé pendant quatre mois ? Plusieurs autres cas, similaires, ont été portés à la connaissance de Sauvegarde Retraites depuis le début de cette année. Or, tous les retraités n’ont pas la combativité dont Marcel Bras a fait preuve à 87 ans, épaulé par une épouse dynamique. Parvenu à cet âge, on aspire à vivre paisiblement, sans devoir engager un bras de fer avec la bureaucratie des retraites.

Si l’AGIRC-ARRCO souhaite véritablement lutter contre la fraude, nous l’invitons, avant de se préoccuper de la survie, aisément vérifiable, des citoyens français habitant en France, à contrôler l’existence des trop nombreux centenaires algériens qui perçoivent les pensions que les caisses de retraite françaises versent en Algérie, comme l’avait révélé une enquête commandée par l’AGIRC-ARRCO elle-même et comme l’ont confirmé depuis deux rapports d’enquête parlementaire publiés en 2019 et 2020, un rapport de la Cour des comptes paru en 2020 et un livre récent de Charles Prats, magistrat spécialiste de la lutte contre ce type de fraude (Cartel des fraudes, Editions Ring).

Alertée par notre article, l'AGIRC-ARRCO s'est engagée à verser rapidement la partie de sa retraite complémentaire restant dûe à Monsieur Bras, et a assuré Sauvegarde Retraites qu'elle s'emploie à vérifier le bien-fondé des retraites servies par elle en Algérie.


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