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La « grande » réforme des retraites, avortée dans l'oeuf

La crise sanitaire liée au coronavirus, que risque de suivre une deuxième crise, économique celle-ci, donnera-t-elle l’occasion au gouvernement d’enterrer la réforme du système de retraite qui devait être la grande œuvre d’Emmanuel Macron ?

Une réforme en profondeur du système français était et reste indispensable. Cependant, celle que le gouvernement a faite adopter en première lecture à l’Assemblée nationale en recourant à l’article 49-3, était partie en vrille avant même que l’épidémie ne colonise tout l’espace politique et médiatique. En effet, le projet de loi prévoyait le maintien sur une longue période des régimes spéciaux du secteur public, faisait reposer les efforts à venir sur les jeunes générations et les affiliés du secteur privé et confiait à l’Administration le soin de se réformer elle-même – quelle blague ! – ce qui se traduisait inévitablement par la multiplication des dérogations et des compensations en faveur des bénéficiaires des régimes spéciaux. Tout faux !

Le gouvernement avait commencé à céder à la pression des syndicats du secteur public et l’on se demandait jusqu’où il reculerait. Le coronavirus lui a permis d’interrompre ce faux bras de fer sans paraître trop perdre la face. La réforme a été provisoirement suspendue le 16 mars, par décision d’Emmanuel Macron lui-même mais l’on sait qu’en politique, le « provisoire » peut s’éterniser…

Le texte de loi, qui aurait dû être étudié par le Sénat au mois d’avril, a pour l’instant été mis au placard. Le 3 avril, le premier ministre, Edouard Philippe, avait déclaré : « Nous devons suspendre au maximum les désaccords. Le chef de l’Etat a demandé une union nationale. Il a annoncé la suspension d’un certain nombre de réformes qui n’ont plus lieu d’être dans la situation actuelle. » Tout laissait penser que celle du système de retraite en faisait partie. Le 12 avril, le président du groupe LREM à l’Assemblée nationale, Gilles Le Gendre, déclarait dans le Journal du Dimanche que « si elle empêche le pacte républicain de se conclure, la réforme des retraites [devrait] être mise de côté » après la crise sanitaire.

Le 13 mai, Stanislas Guérini, délégué général de LREM et député de Paris, a confié à son tour, dans la Voix du Nord, n’être « pas certains qu’on pourra mener la réforme des retraites d’ici la fin du quinquennat », en envisageant de « la proposer dans le cadre d’un nouveau programme présidentiel », associée « à une transformation du monde du travail ». On aviserait donc après la réélection – supposée – d’Emmanuel Macron…

Malheureusement, d’ici-là, la crise économique qui s’amorce rendra encore plus urgente une réforme en profondeur du système. Rappelons, en effet, que les retraites représentent aujourd’hui le premier poste de dépenses publiques (325 milliards d’euros). Dans un système par répartition, leur poids pèse lourdement sur les entreprises – d’où proviennent les cotisations, quelles qu’elles soient – et creuse en outre la dette publique, dont la charge est de plus en plus lourde. Dans un contexte de crise et de forte hausse du chômage – et par conséquent de baisse concomitante des cotisations – ce poids asphyxiera l’économie française. Et cette situation entraînera inévitablement une baisse des pensions.

En politique, la lâcheté est rarement bonne conseillère. La seule manière d’éviter cette conséquence douloureuse de la crise économique ne consiste pas à abandonner toute idée de réforme, mais au contraire à réaliser la vraie réforme systémique, en reprenant tout à zéro et en commençant par supprimer les régimes spéciaux du secteur public, structurellement déficitaires et très coûteux pour les contribuables. Cela doit devenir un élément fondamental du plan de relance.


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