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Réforme des retraites : ballons d'essai et quadrature du cercle

Jean-Paul Delevoye va-t-il rendre son tablier ? Le haut-commissaire, exaspéré par la cacophonie gouvernementale concernant son projet de réforme du système de retraite, serait prêt à démissionner.

Son propre mode de communication est loin d’être irréprochable. Depuis des mois, Jean-Paul Delevoye distille les informations par voie de presse et par bribes, comme s’il testait l’opinion publique.

  • Ainsi a-t-il proposé de réformer la réversion en recourant, semble-t-il, au « splitting » : après le décès de l’un des membres du couple, le conjoint survivant percevrait la moitié du montant total de leurs pensions additionnées. Comme Sauvegarde Retraites l’avait alors montré, les retraités seraient perdants dans pratiquement tous les cas de figure.
  • Plus récemment, un autre ballon d’essai a été lâché pour voir comment serait accueillie une réforme des majorations accordées aux familles nombreuses (trois enfants et plus) – qui, dans la logique propre au système par répartition, sont pourtant légitimes puisque les enfants qu’elles élèvent paieront les pensions des futurs retraités. Le haut-commissaire envisagerait de partager l’enveloppe actuellement consacrée au financement de ces majorations entre toutes les familles élevant au moins un enfant – ce qui réduirait de facto la part octroyée aux familles nombreuses. Gérard Darmanin, ministre de l’Action et des comptes publics, n’y est pas favorable.
  • Mais ce sont surtout les déclarations contradictoires des ministres sur un éventuel recul de l’âge de départ à la retraite, qui irritent Jean-Paul Delevoye. Gérard Darmanin, mais aussi le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, le ministre des Solidarités et de la Santé, Agnès Buzyn, et le Premier ministre, Edouard Philippe, se sont prononcés en faveur d’une telle mesure, qui contreviendrait aux promesses faites jusqu’à présent par Jean-Paul Delevoye et par Emmanuel Macron lui-même. (Edouard Philippe a laissé entendre que l’âge de départ ne serait pas repoussé pour financer les retraites proprement dites… mais la grande dépendance ce qui, in fine, revient au même).

Jean-Paul Delevoye ne l’entend pas de cette oreille. D’une part, parce que ces déclarations tonitruantes des ministres ruinent les négociations subtiles qu’il avait engagées avec les syndicats. D’autre part, parce qu’un tel recul de l’âge légal de départ n’est pas cohérent avec le passage à un système par points - mesure phare de la réforme envisagée - qui permet au contraire aux affiliés de choisir le moment où ils partent à la retraite, avec une pension calculée en fonction des points acquis. Reculer l’âge de départ les privera de cette possibilité.

  • Si Jean-Paul Delevoye jette l’éponge, la réforme elle-même n’est pas près de voir le jour. Mais elle est, de toutes manières, mal engagée. En effet, alors que tous les pays européens qui sont parvenus à réformer leur système de retraite ont opté pour un système mixte répartition / capitalisation, Jean-Paul Delevoye, conformément au projet d’Emmanuel Macron, s’obstine à privilégier le « tout répartition ». Un choix d’autant plus incompréhensible que les futurs cotisants devront payer à la fois les retraites de la génération du baby-boom et la grande dépendance qui accompagne le recul de l’espérance de vie, dans une société atomisée. Le tout, sans toucher aux régimes spéciaux, dont les avantages sont financés par l’ensemble des contribuables et que Jean-Paul Delevoye considère comme déjà réformés !

Dans ces conditions, les retraites continueront à creuser le déficit et la dette tandis que, dans le secteur privé, les rendements ne cesseront pas de baisser.


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