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La polémique sur l'âge de départ : confusion gouvernementale ou coup de com' ?

Alors que le gouvernement semble vouloir trahir les promesses d'Emmanuel Macron, Jean-Paul Delevoye affirme que l’âge de départ à la retraite ne bougera pas. Mais ces incohérences cachent peut-être un calcul politique.

L’âge de la retraite sera-t-il repoussé – ou pas ? La communication gouvernementale à ce sujet devient de plus en plus inaudible. Le 17 mars, le ministre des Solidarités et de la Santé, Agnès Buzyn, tout en rappelant l’engagement pris par Emmanuel Macron pendant la campagne présidentielle de ne pas reculer l’âge de départ à la retraite, a laissé entrevoir la possibilité d’un « allongement de la durée du travail », en déclarant : « la question de l’âge du départ à la retraite est sans arrêt sur la table, à gauche comme à droite (...). Un jour, nous serons obligés de travailler plus longtemps sinon notre système de retraite ne pourra pas tenir ».

Deux jours auparavant, le premier Ministre Edouard Philippe avait lui aussi posé « la question de savoir si un jour, pour dégager ces moyens financiers, l’équilibre sera de dire travaillons un peu plus longtemps pour faire en sorte que la dépendance soit totalement prise en charge ».

Et dans la foulée, le ministre du Budget, Gérard Darmanin, a approuvé sa collègue : « ce que dit Mme Buzyn, c’est ce qu’ont fait les gouvernements de toute l’Europe : on vit plus longtemps, donc on doit travailler un peu plus longtemps. » Le ministre du Budget ne sait apparemment pas que la Suède est en Europe, puisqu’après la réforme réalisée dans ce pays, les Suédois sont libres de prendre leur retraite quand ils le souhaitent à partir de 61 ans. Avant la réforme, l’âge légal était fixé à 65 ans…

Le gouvernement s’apprête-t-il donc à revenir sur la promesse d’Emmanuel Macron ? Pas du tout, à en croire Jean-Paul Delevoye. Le 21 mars, le haut-commissaire chargé de la réforme des retraites – dont l’équipe travaille pourtant dans les mêmes locaux que celles d’Agnès Buzyn ! – a déclaré sur France-Inter : « Le pacte que nous avons noué, les décisions prises et présentées en octobre dernier, montrent très clairement un engagement : l'âge légal reste fixé à 62 ans. »

Cette précision est inexacte. En effet, aux termes d’un accord Agirc-Arrco entré en vigueur le 1er janvier dernier, l’âge de départ a été repoussé de facto à 63 ans au minimum, pour les salariés du privé, sous peine de subir une amputation de leur pension de 10 % pendant trois ans, même s’ils remplissent les conditions du taux plein. Pendant ce temps, près d’un million de fonctionnaires et salariés des entreprises publiques ont la possibilité de liquider leurs droits (sans décote s’ils remplissent les conditions du taux plein) dès 57 ans, voire 52 ans pour certains !

Par ailleurs, l’un des avantages du régime par points que Jean-Paul Delevoye prévoit d’instaurer dans le cadre de sa réforme, consiste précisément à laisser aux affiliés une plus grande latitude de choix concernant le moment de leur départ à la retraite, comme le haut-commissaire l’expliquait dans le document accompagnant sa "concertation citoyenne" : « Dans un système universel où chaque euro cotisé compte pour le calcul de la pension et où les droits sont gérés en points, le maintien de critères d’âge ou de durée d’assurance ne s’impose plus. Il sera plus facile de connaître sa retraite future en temps réel, en fonction du nombre de points déjà acquis, et de choisir, en fonction de sa situation personnelle, de travailler plus longtemps (avec une pension plus élevée) ou de partir plus tôt (avec une pension moindre). »

On se demande donc à quoi riment la confusion et les contradictions gouvernementales au sujet de l’âge de départ. S’agit-il simplement d’incompétence ? D’un test – un "ballon d’essai" lancé par le gouvernement, le haut-commissaire se réservant la possibilité d’intervenir si les protestations sont trop vives ? Ou encore, d’une diversion en forme de coup de communication politique – Emmanuel Macron et Jean-Paul Delevoye donnant aux Français l’impression qu’ils ont résisté aux pressions gouvernementales et tenu leur promesse en ne reculant pas l’âge de la retraite, pour faire avaler plus facilement aux salariés du secteur privé le maintien des avantages des régimes spéciaux en termes d’âge de départ ?…


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