Cumul emploi-retraite : quand l’État décourage le travail

En restreignant davantage le cumul emploi-retraite, le gouvernement démontre une nouvelle fois sa passion pour la gestion technocratique, fût-elle contreproductive et liberticide.

Les règles du cumul emploi-retraite vont évoluer, dans un sens beaucoup plus restrictif, pour les personnes liquidant leur pension à partir du 1er janvier 2027. Jusqu’ici, les retraités pouvaient bénéficier d’un cumul intégral (sans aucun plafond) dès l’âge légal s’ils disposaient du taux plein. Désormais, il faudra impérativement avoir atteint 67 ans pour bénéficier de ce cumul intégral. Entre l’âge légal et 67 ans, même avec le taux plein, le cumul sera plafonné à 7 000 € bruts par an de revenus professionnels. En cas de dépassement, la pension sera réduite de 50 % du montant de l’excédent.

Ce nouveau dispositif n’est pas une surprise puisqu’il a été voté fin 2025 dans le cadre de la loi de financement de la Sécurité sociale (LFSS) pour 2026, précisément à son article 102 applicable au 1er janvier 2027, dont le gouvernement vient de publier les décrets d’application. L’objectif affiché est d’inciter à la poursuite de l’activité professionnelle pour réaliser des économies budgétaires, estimées à 2 milliards d’euros à l’horizon 2030. En effet, le nombre de retraités cumulant une pension et des revenus professionnels avait incité la Cour des comptes à recommander ces restrictions dans un rapport de mai 2025 sur l’application des lois de financement de la sécurité sociale (chapitre VII dédié au cumul emploi-retraite). Les magistrats de la rue Cambon avaient alors commis une omission coupable en taisant le cas des fonctionnaires des catégories dites « actives » qui, pouvant liquider leurs droits dès 53 ou 54 ans, se ruent sur le dispositif de cumul emploi-retraite. Vous ne rêvez pas, le public pèche et c’est donc le privé qui trinque.

À l’appui de sa recommandation, la Cour des comptes insistait également sur la nécessité de « simplifier la réglementation », un comble puisque l’usine à gaz du cumul emploi-retraite est désormais encore plus complexe, multipliant encore davantage les dispositions techniques avec les nouvelles règles applicables. Si l’on voulait vraiment simplifier le système, ce serait possible dans le cadre d’un système par points qui permettrait beaucoup plus de souplesse, en quelque sorte une retraite à la carte. Mais l’alliage de la souplesse et de la liberté demeure hors du champ de pensée des technocrates qui ont bâti un système de retraite intrinsèquement fondé sur l’affiliation obligatoire, l’absence de liberté des assurés et l’omnipotence de l’État, lequel s’est arrogé le droit de décider le moment où chacun peut prendre sa retraite et les conditions de la poursuite éventuelle d’une activité après la liquidation.

Or chacun devrait pouvoir choisir plus librement son âge de départ – et de poursuivre, s’il le souhaite, une activité professionnelle – sans compromettre l’équilibre des régimes. Techniquement, c’est tout à fait possible : le fait de devoir travailler plus longtemps en raison des déséquilibres démographiques n’interdit nullement davantage de souplesse, pour peu que celle-ci respecte le principe de neutralité actuarielle, comme cela se fait depuis longtemps dans de nombreux pays étrangers, notamment en Europe du Nord.

Toute cette affaire illustre parfaitement l’impasse de la gestion technocratique de l’économie. Le constat est ubuesque : en restreignant le cumul emploi-retraite, le gouvernement dissuade de travailler davantage alors même que le travail constitue la base de la prospérité d’une économie, et donc de sa protection sociale.


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