Régimes spéciaux : les hauts-fonctionnaires veillent au grain

À l’approche des débats budgétaires et de l’élection présidentielle, les défenseurs des régimes spéciaux passent à l’offensive. Quitte à réécrire la réalité de nos systèmes de retraite.

Dans son avis rendu le 9 juillet 2026, le Comité de suivi des retraites (CSR), énième comité « Théodule », intégralement fonctionnarisé, pousse la provocation jusqu’à nier les privilèges des régimes spéciaux, affirmant sans vergogne que les fonctionnaires d’État ne bénéficient pas « d’avantages de retraite supérieurs à ceux servis par les autres régimes de retraite, au contraire ».

L’objectif de cette intox apparaît clairement à la lecture de ce rapport : préserver le statu quo sur les régimes spéciaux – à commencer par celui des fonctionnaires d’État – dans la perspective des débats budgétaires de l’automne 2026 et de l’élection présidentielle du printemps 2027. Après la pantalonnade de la dernière réforme des retraites, finalement suspendue, les fonctionnaires savent pertinemment que les retraites vont constituer un sujet majeur du débat public et que, dans ce cadre, la question des régimes spéciaux va de nouveau se poser. La meilleure manière de l’éluder est alors de détourner l’attention sur le régime des salariés du privé, cible numéro un de ce même avis.

L’affirmation péremptoire des hauts-fonctionnaires du CSR sur l’absence prétendue « d’avantages de retraite supérieurs » ne tient pas une minute l’examen. Le premier des privilèges des fonctionnaires est de profiter d’un régime à prestations définies qui garantit en quelque sorte une rémunération à vie, financée par le contribuable, creusant chaque année davantage le déficit budgétaire et augmentant toujours plus le niveau de la dette publique.

Cette rémunération à vie constitue bien le cœur du système que les premiers intéressés entendent graver dans le marbre quoi qu’il en coûte. Si, comme le prétend le CSR avec mauvaise foi et aplomb confondants, le régime dit « général » est plus avantageux en termes de niveau de pensions que celui des fonctionnaires, pourquoi ces derniers ne réclament-ils pas alors immédiatement la suppression de leur régime statutaire pour intégrer la Cnav et l’Agirc-Arrco au plus vite ? Au contraire, à chaque réforme, ils multiplient grèves et menaces pour préserver leurs avantages.

Rappelons, à toutes fins utiles, la litanie des autres principaux privilèges retraite de la fonction publique : le calcul de la pension à partir des rémunérations de fin de carrière (six derniers mois), la retraite bien avant 60 ans pour près d’un million d’agents publics, des bonifications d’annuité ou « trimestres gratuits » à tire-larigot, la réversion sans plafond et sans condition d’âge, des cotisations fictives, un régime additionnel par capitalisation (RAFP)… Qui dit mieux ?

Un tel rapport n’est évidemment pas une première. Ils ont même une fâcheuse tendance à s’empiler. Pour préserver leurs avantages acquis, les hauts-fonctionnaires sont devenus les champions de la création de comités « Théodule », aux fins de diffuser une propagande qui, sous couvert d’une certaine autorité scientifique, se veut subtile mais devient, dans les faits, de plus en plus grossière. Toutefois, plus personne ne s’y laisse prendre ! Face à une telle dérive, un seul mot d’ordre : supprimons les régimes spéciaux !


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