Débâcle des retraites : attiser le conflit entre les générations pour mieux exonérer les vrais coupables
La question des retraites est sur la table dans la perspective de l’élection présidentielle de 2027. Parmi les sujets largement débattus, l’équité intergénérationnelle tient une place de plus en plus importante, mais sous un angle bien souvent fallacieux : une petite musique médiatique stigmatise toujours davantage la génération du baby-boom, jusqu’à la caricature : les « boomers » auraient en quelque sorte accaparé les largesses de l’État-providence en laissant la facture à leurs enfants et petits-enfants.
Dans un article publié le 29 août 2026, le quotidien Le Monde souligne que « les plus de 65 ans pèsent de plus en plus lourd dans l’économie » en raison du poids des pensions de retraite et pointe « une réalité qui complique la tenue d’un débat sur l’équité entre les générations, à huit mois de la prochaine élection présidentielle ». Et le quotidien du soir de poser en ces termes particulièrement réducteurs l’alternative suivante : « Contenter les retraités ou préparer l’avenir de la jeunesse, la difficile équation des candidats face au conflit de générations. »
Une telle manière de présenter les choses est particulièrement tendancieuse : elle détourne l’attention des véritables défis de l’équité intergénérationnelle et, surtout, elle dédouane les politiques et les hauts fonctionnaires de leurs responsabilités personnelles dans le désastre en cours. Si tout le monde est coupable au sein d’une même génération, alors personne n’est responsable. Ce n’est pas une génération qui a monté une vaste pyramide de Ponzi dont le principe même est de léser les derniers entrants ; ce n’est pas une génération qui a renoncé, décennie après décennie, à toute réforme structurelle d’ampleur pour assurer l’avenir des retraites ; ce n’est pas davantage une génération qui a tout fait pour préserver les privilèges de retraite des fonctionnaires et des bénéficiaires de régimes spéciaux ! Les responsables, ce sont les gouvernants successifs et les hauts fonctionnaires qui verrouillent tout à la fois l’appareil administratif, la plupart des caisses de retraite et les innombrables comités « Théodule », dont le pouvoir de recommandation est bien réel, comme le Conseil d’orientation des retraites ou le Comité de suivi des retraites.
Les retraités actuels n’ont pas eu leur mot à dire dans toute cette affaire. Une fausse démocratie sociale a donné tous les pouvoirs ou presque aux hauts fonctionnaires et aux syndicats (dont le gros des bataillons sont des fonctionnaires). Ce sont bien eux qui ont bloqué toute réforme et ce sont encore eux qui parasitent les conseils d’administration des caisses, y compris celles des salariés du privé. En témoigne par exemple la nomination du 28 août dernier de Paul Bazin à la direction de la Caisse nationale d’assurance vieillesse (Cnav). Comme le souligne Nicolas Lecaussin dans le média économique en ligne Contrepoints.org, cet énarque présente un parcours « intégralement étatique » : « Jamais une fiche de paie du privé, jamais une cotisation au régime général : rien que l’État, ses administrations et ses cabinets. […] Ceux qui diagnostiquent, gouvernent et surveillent notre système de retraite par répartition n’y sont, pour l’essentiel, pas soumis. »
Ce n’est donc pas une génération dont l’avis n’a jamais été sollicité qui est responsable mais une caste politico-administrative et syndicale qui, génération après génération, poursuit la même fuite en avant, renonçant à toute réforme structurelle, à commencer par la suppression des régimes spéciaux. Le résultat est qu’en effet l’équité intragénérationnelle est compromise par ce renoncement des gouvernants successifs, sous l’influence décisive de la haute fonction publique et sous la pression syndicale. Cette caste a fait perdurer le report incontrôlé des charges sur la jeunesse actuelle. Quand la dette publique représente plus de 3 500 milliards d’euros et que les engagements retraites à honorer demain sont évalués à plus de 10 000 milliards d’euros, les jeunes générations sont en droit de demander des comptes à cette caste qui entend échapper à toute responsabilité et non à leurs parents et grands-parents, qui n’ont fait que subir un système qu’ils n’ont jamais formellement choisi.

