Présidentielle : c’est parti !

Enfin une bonne nouvelle ! Non seulement les candidats à la future présidentielle lancent la campagne sur le sujet des retraites, mais, mieux encore, ils proposent de supprimer la référence à l'âge légal. Gabriel Attal et Jordan Bardella, que rien ne réunit le plus souvent, viennent de se prononcer tous les deux en ce sens... Champagne !

La question des retraites est d’une telle urgence qu’il va de soi que c’est une très bonne nouvelle que les candidats s’en saisissent. Quant à la suppression de la référence à l’âge légal, c’est également une excellente chose, pour au moins deux bonnes raisons :

  • Fixer un âge légal comme première condition d’ouverture du droit à la retraite est la garantie de dévoyer toutes les tentatives de réforme. S’obnubiler devant ce totem est totalement archaïque. C’est comme si, lors de la prochaine réforme ferroviaire, on se focalisait sur la problématique du charbon. Le ridicule éclaterait évidemment au grand jour, puisque chacun possède un minimum de connaissances sur ce sujet… En revanche, comme personne ne s’aventure sérieusement dans l’univers hypercomplexe des retraites, et que même les derniers experts s’y perdent, la supercherie de l’âge légal passe à chaque fois comme une lettre à la poste. Cela fait en effet des lustres que, lorsqu’on souhaite librement souscrire un contrat de retraite auprès d’un organisme, notre interlocuteur ne nous impose pas un âge fixe de départ : d’autres paramètres sont bien plus essentiels (année de naissance du souscripteur, montant des cotisations, versement sous forme de rente ou de capital, taux d’une éventuelle réversion, etc.). Or, le régime qu’il gère n’est pas en quasi-faillite, contrairement à ceux de l’État et de la Sécurité sociale ! Ce sont les progrès réalisés dans l’actuariat et la gestion des assurances qui permettent davantage de liberté et de flexibilité, et cela ne date pas d’hier. Autrement dit, se focaliser sur la pseudo-problématique de l’âge légal, c’est d’emblée s’enfermer dans une impasse et c’est la garantie de passer à côté des questions essentielles : qui paie ? Combien ? Pour qui ? Pourquoi ? Et comment ?

  • Imposer la référence obsessionnelle à l’âge légal, c’est également le meilleur moyen de donner des munitions aux champions de la sclérose sociale et du rejet systématique de toute réforme (syndicats du secteur public, militants LFIstes, etc.), qui n’attendent que cela pour faire exploser en vol les politiques courageuses. La question de l’âge légal a toujours été ultra-clivante, facile à comprendre (dans un domaine qui ne l’est pas) et finit toujours par mettre le feu aux poudres. Que peuvent-ils espérer de mieux, à défaut de savoir proposer des solutions réalistes ? Il est donc indispensable de sortir du piège de l’âge légal pour recentrer le débat sur les véritables enjeux des retraites et envisager enfin des réformes responsables et efficaces.

La campagne présidentielle ne fait que commencer, et un sujet peut très bien défrayer la chronique pendant un temps, puis tomber dans l’oubli au moment le plus important. Par ailleurs, éviter les problématiques « tarte à la crème » sur les retraites ne dispensera pas pour autant d’aborder les vrais sujets : suppression des régimes spéciaux structurellement déficitaires, anticipation de l’hiver démographique, responsabilisation des gestionnaires et des affiliés (nous savons que, de toute façon, nous devrons globalement travailler plus longtemps), etc. Toutefois, ne boudons pas la nouvelle, le sujet des retraites est enfin abordé par le bon bout !


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