Réforme Macron : cinq années pour rien

En fin d’année, le Président de la République a affirmé renoncer à une réforme de fond des retraites tout en maintenant un grand pôle de retraite propre aux agents publics... Rarement un chef de l’État nous aura autant menés en bateau !

Le 15 décembre dernier, sur TF1 et LCI, Emmanuel Macron a assuré un exercice de pré-campagne, tel un équilibriste sur un fil invisible. Après avoir confirmé l’abandon de toute réforme avant les élections présidentielles, il a battu des records d’ambiguïté dans le registre du « en même temps »… Le summum fut atteint lorsqu’il a assuré sans ambages vouloir (dans son prochain quinquennat ?) « mettre fin aux régimes spéciaux » tout en déclarant imaginer un système avec « grosso modo trois grands régimes » : les fonctionnaires, les salariés et les indépendants… On appréciera le « grosso modo » quand l’affirmation revient à dire que les régimes spéciaux des agents publics existeront toujours après qu’il y aura mis fin… Bref, comme le dit le personnage de Tancrède Falconeri dans Le Guépard, « il faut que tout change pour que rien ne change »

À terme, c’est évidemment la garantie pour les contribuables et les affiliés du secteur privé actifs et retraités – de continuer à payer à fonds perdus les avantages injustifiables du secteur public. Un comble lorsque l’on se rappelle que durant toute sa campagne de 2017, le candidat Macron s’était fait le chantre de la retraite équitable – « à contribution égale, pension égale » et de l’abandon de « toute forme de report de déficit sur les jeunes générations ».

Quand le Président découvre le problème de financement

Pour justifier ce renoncement, le Président n’a pas non plus manqué d’aplomb : c’est de la faute du covid ! La main sur le cœur, il a en effet osé affirmer que « s’il n’y avait pas eu l’épidémie, cette réforme, qui avait été votée en premier lecture par un 49.3, serait allée à son terme »… L’actualité sanitaire a évidemment bon dos pour servir le récit d’une telle débandade. En réalité, lorsque le projet de réforme fut voté à l’Assemblée nationale en mars 2020, il était déjà totalement dénaturé tant l’exécutif avait fait de concessions sur l’essentiel, la réforme des régimes spéciaux étant notamment reportée aux calendes grecques.

Enfin, l’allocution présidentielle a littéralement sombré dans la mauvaise foi lorsqu’Emmanuel Macron s’est déclaré favorable à un report de l’âge de départ à la retraite. Pour expliquer ce revirement, il a même présenté une justification ahurissante : « Contrairement au moment où j’ai été élu et où le Conseil d’orientation des retraites écrivait qu’il n’y avait pas de problème de financement des retraites, il y a maintenant un problème de financement. Et, donc, il est clair qu’il faudra travailler plus longtemps. » Présenter comme un élément nouveau le fait qu’il y ait un problème structurel de financement des retraites, voilà bien le comble ! Ainsi, tout le monde savait que le financement des retraites était en péril… sauf lui. Et voici qu’il le découvre soudainement pour justifier sa volte-face, alors qu’il avait déclaré solennellement : « Je ne le ferai pas… ». En clair, le Président n’a pas fait durant ce quinquennat ce qu’il s’était engagé à faire (supprimer les régimes spéciaux) et il veut faire, pour le prochain quinquennat, ce qu’il s’était engagé à ne pas faire (repousser l’âge de départ). Ce n’est pas sérieux.

Plus que jamais, le message des salariés du privé et des indépendants doit donc être fort pour la prochaine campagne présidentielle : supprimez les régimes spéciaux… Supprimez-les vraiment ! Et, accessoirement, ne nous prenez pas pour des canards sauvages…


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