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Avant de sous-revaloriser les pensions du privé, faisons le ménage dans les régimes spéciaux

Le mensuel Capital estime à une vingtaine de milliards d’euros par an le coût de ces régimes spéciaux pour le contribuable

Pour les caisses de retraite, il existe différentes manières de faire des économies :

  • en augmentant les cotisations,
  • en reculant l’âge de départ,
  • en baissant les pensions.
  • On peut aussi geler ces dernières ou les revaloriser en-dessous de l’inflation. Ce dernier procédé est utilisé depuis plusieurs années, car il est plus indolore. Certes, il ne passe pas inaperçu et de nombreux retraités n’en sont pas dupes, mais apparemment au moins, « sur le papier » comme on dit, les pensions ne baissent pas ou augmentent même légèrement. C’est ce qui va se produire en 2022. On ne sait pas encore exactement quel sera le taux de revalorisation des retraites de base (probablement autour de 1,1 %, selon la Commission des comptes de la Sécurité sociale), mais il sera fixé à 0,9 % pour la retraite complémentaire Agirc-Arrco. En valeur, les pensions augmenteront donc un peu, mais le pouvoir d’achat des retraités baissera, puisque l’on prévoit un taux d’inflation de 1,5 % en 2022. Les cadres seront particulièrement touchés, puisque, pour la plupart d’entre eux, la retraite complémentaire représente la plus grosse partie de leur pension.

Cette faible revalorisation est dictée par la nécessité, d’autant plus que les caisses complémentaires du secteur privé ont subi le contre-coup de la crise sanitaire, qui s’est traduit par une diminution de leurs recettes résultant de la mise au chômage partiel d’une importante partie de leurs affiliés. Mais il ne s’agit pas seulement d’un expédient qui permettrait de surmonter des difficultés provisoires. Dans son rapport annuel de juin 2021, le Conseil d’Orientation des retraites prévoit une diminution sensible du niveau de vie des retraités par rapport à celui des actifs au cours des prochaines décennies*.

On peut prévoir que les retraités du privé, en particulier les cadres, seront les plus touchés, puisque, par ailleurs, leurs taux de remplacement (montant de la retraite par rapport au dernier salaire) n’ont pas cessé de diminuer depuis les années 1990, comme l’ont montré les études réalisées pour Sauvegarde Retraites par l’actuaire Jacques Algarron. Les retraites du secteur public, elles, sont garanties par l’Etat, à la hauteur de 75 % minimum du traitement pour une carrière complète, calculé sur les six derniers mois d’activité.

Autrement dit, ce sont une fois de plus les affiliés du privé qui seront les plus touchés, le gouvernement ayant renoncé à supprimer les régimes spéciaux (tout au plus envisage-t-il de fermer certains d’entre eux, dont l’extinction totale serait reportée à la fin du siècle, si elle n’est pas remise en cause d’ici-là et si les avantages qu’ils octroient ne sont pas perpétués à la faveur de régimes maison). Dans son numéro de novembre, le mensuel Capital estime pourtant à une vingtaine de milliards d’euros par an le coût de ces régimes spéciaux pour le contribuable.

Avant de sous-revaloriser les pensions du privé, l’Etat serait bien avisé de faire le ménage dans les régimes spéciaux du public !

*De 102 % en 2020, il tomberait à un pourcentage compris entre 86 % et 77,2 % en 2070.


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