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M. Lemaire, toute vraie réforme exige d'abord la suppression des régimes spéciaux !

À entendre le ministre de l’Economie, on pourrait croire que tout le système de retraite français fonctionne par répartition. Ce n’est pourtant pas le cas des régimes spéciaux du secteur public.

Bonne nouvelle, le ministre de l’Economie, Bruno Lemaire, n’oublie pas les retraites. Le 29 mars dernier, il a déclaré, sur France info : « Nous ne pouvons pas continuer à avoir un système de retraite par répartition si nous ne savons pas le financer correctement, parce que c’est prendre une responsabilité écrasante vis-à-vis des générations qui viennent ». Cette constatation est frappée au coin du bon sens : loin d’être correctement financé, notre système de retraite, non provisionné, repose sur un report massif de dépenses, qu’il incombera aux jeunes générations de payer malgré des conditions démographiques défavorables.

En outre, aux défauts des régimes qui fonctionnent par répartition s’ajoutent ceux, pires encore, des régimes spéciaux du secteur public dont relèvent un quart des retraités Français. Ces régimes spéciaux ne répondent pas à une logique assurantielle ou de sécurité sociale – comme les véritables régimes par répartition – mais ils dispensent à leurs retraités un traitement à vie payé par l’Etat, c’est-à-dire in fine par les contribuables. À l’inverse des régimes du secteur privé, ils ne sont pas financés par les cotisations prélevées sur les actifs, mais reposent eux aussi, et plus encore que les régimes par répartition "classiques", sur un report de dépenses. En effet, structurellement déficitaires, ils creusent depuis longtemps la dette publique et alimentent les engagements de l’Etat (autrement dit, la « dette retraite ») dans des proportions considérables. Pour les seuls fonctionnaires de l’Etat – sans prendre en compte le régime des fonctionnaires territoriaux et hospitaliers, ni les autres régimes spéciaux des entreprises publiques – ces engagements s’élevaient à la fin 2019 à 2 265 milliards d’euros, soit à 100 milliards d’euros près l’équivalent de la dette publique officielle de la France à la même époque !

Avant même de considérer les moyens de financer les véritables régimes de retraite par répartition – ce qui n’est pas gagné dans un contexte démographique défavorable –, le gouvernement devrait donc prévoir en priorité de supprimer les régimes spéciaux du public. Ce n’est malheureusement pas ce qu’envisage Bruno Lemaire, qui souhaite seulement « que nous acceptions tous collectivement de travailler davantage, le moment venu », « lorsque la croissance sera de retour, lorsque le pays ira mieux ».

Exit, donc, la réforme du système annoncée au début de son quinquennat par Emmanuel Macron – et très mal fagotée dans le projet de loi adopté en première lecture par l’Assemblée nationale au mois de mars 2020. On en revient à une réforme paramétrique : l’augmentation du temps de travail. Elle permettra de gagner du temps, essentiellement aux dépens des affiliés aux régimes du privé (puisque de tels efforts sont systématiquement compensés dans les régimes du secteur public), mais il est prévisible qu’elle s’avèrera insuffisante à terme, faute de résoudre les problèmes de fond auxquels le système de retraite français se trouve confronté. On ne fera pas l’économie d’une réforme systémique qui exige en préalable la suppression des régimes spéciaux du secteur public. Et plus la réalisation de cette réforme indispensable sera repoussée, plus elle sera douloureuse.


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