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Le recul de l'âge de départ n'a pas de sens dans un régime par points

Contre le vœu du haut-commissaire chargé des retraites, le gouvernement plaide pour un recul de l’âge légal de départ à la retraite. Sans cohérence avec la réforme en préparation.

Qui est responsable de la réforme des retraites ? Le haut-commissaire Jean-Paul Delevoye, chargé par Emmanuel Macron de la préparer ? Agnès Buzyn, ministre des solidarités ? Gérard Darmanin, ministre de l’Action et des comptes publics ? Ou encore le premier ministre, Edouard Philippe ? Tous parlent et se contredisent à qui mieux mieux sur un point d’achoppement de la future réforme : l’âge de départ à la retraite.

Faut-il le repousser comme le voudraient Edouard Philippe, Gérard Darmanin et, mezza voce, Agnès Buzyn ? Ou pas ? Tous trois arguent de la nécessité de financer les retraites et la grande dépendance – deux questions artificiellement distinctes et qui se confondent en réalité. L’argument contredit quelque peu le discours officiel tenu au début du quinquennat, qui présentait notre système de retraite par répartition comme « presque » à l’équilibre…

Le 9 avril, lors d’une réunion du bureau exécutif de « La République en Marche », le premier ministre a fait une sortie remarquée sur le report de l’âge de départ, en s’en prenant vigoureusement aux députés qui s’y montrent hostiles. Excédé, Jean-Paul Delevoye menace, pour sa part, de démissionner si le gouvernement le repousse au-delà de 62 ans, ce qui viderait de sa substance sa réforme, bâtie sur le passage à la retraite par points.

Or, justement, l’un des avantages du système par points, potentiellement plus souple que celui par annuités, est de procurer aux affiliés la liberté de choisir le moment où ils liquident leur retraite, avec une pension dont le montant n’est plus calculé en fonction des années cotisées mais du nombre de points cumulés.

Comme l’explique le professeur Jacques Bichot sur le site Economie Matin : « la valeur de service du point sera multipliée, pour le calcul de la pension, par un coefficient actuariel dépendant de leur espérance de vie, coefficient calculé de telle façon que la Caisse de retraites soit financièrement à l’abri des petits malins qui croiraient faire une bonne affaire en partant tôt parce qu’aucun règlement ne les en empêche. » Par conséquent, « dans un tel système, il n’y a pas d’âge légal de la retraite : chacun choisit librement la date de liquidation de sa pension, ou d’une partie de sa pension, car rien n’oblige à tout liquider en une seule fois. Cette possibilité de liquidation fractionnée est très pratique pour les personnes qui souhaitent terminer leur vie professionnelle en passant à temps partiel. »

Dans ce cas, demande Jacques Bichot, « pourquoi Matignon augmente-t-il l’embrouillamini en brandissant la relique antique et solennelle qu’est la durée de cotisation ? Le Premier ministre et ses acolytes n’ont-ils pas entendu E. Macron promettre aux Français que, dans le nouveau système, tout reposerait sur les points acquis en cotisant ? Si l’on a 10 000 points, peu importe qu’on les ait gagnés en 20 ans ou en 50 ans : exit la notion de durée de cotisation ! »

(À cet égard, force est de remarquer que le fonctionnement par points et par annuités des régimes complémentaires des salariés du privé, Agirc Arrco, constitue une incongruité, puisque le système des annuités empêche de bénéficier de la souplesse des points.)

Comme y insiste Jacques Bichot, « l’âge légal n’a aucun sens dans un régime par points ». Jean-Paul Delevoye avait lui-même fait une concession en proposant de le maintenir à 62 ans, de crainte, expliquait-il, que certains irresponsables ne décident de partir à la retraite trop tôt avec une pension trop faible…

La volonté gouvernementale de reculer l’âge de la retraite – en faveur duquel milite aussi le président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux, ou encore Laurent Wauquiez – ne peut s’expliquer que par l’ignorance et l’incompréhension du fonctionnement d’un régime par points, ou par la volonté de faire échouer la réforme, qui se réduirait à placer l’ensemble des régimes sous la tutelle de l’État, qui ferait au passage main basse sur les réserves des caisses qui ont eu le mérite d’en constituer.

Du court terme, encore du court terme, toujours du court terme…


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