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Jour f?ri? supprim? : un vrai gadget !


article publié le 13-11-2003

Pour Jacques Bichot, professeur ? l?Universit? Jean Moulin (Lyon 3), on aurait mieux fait de revenir sur les 35 heures pour financer la d?pendance.


L?affaire du jour ch?m? destin? ? financer la ? caisse nationale de solidarit? pour l?autonomie ? illustre bien la m?thode Raffarin : tenter de faire croire, ? l?aide d?un gadget, que le Gouvernement prend en main un probl?me, m?me si la r?alit? est moins glorieuse. Le handicap et la d?pendance sont de vrais sujets, que l?on ne devrait pas se permettre de traiter ? la l?g?re. Un handicap peut exister d?s la naissance, en particulier pour raison g?n?tique ; il peut ?tre la cons?quence, ? n?importe quel ?ge, d?une maladie ou d?un accident ; ? partir de 75 ans, les maladies incapacitantes (Alzheimer, arthrose, etc.) se font plus fr?quentes, et la simple usure de notre corps peut rendre incapable de vaquer soi-m?me ? certaines occupations indispensables (m?nage, approvisionnement, etc.). Ces situations ne requi?rent pas seulement une assistance, m?canique (une chaise roulante ?lectrique ?) ou humaine (des services de m?nage, des soins infirmiers, ?) ; elles exigent aussi, et peut-?tre surtout, une grande attention ? l??gard des personnes qui les vivent, le maintien ou la cr?ation de liens qui leur permettent de mener une vie relationnelle d?velopp?e. L?isolement des personnes handicap?es ou d?pendantes est encore pire que l?insuffisance des solutions techniques apport?es ? leurs probl?mes de sant? ou de vie quotidienne. On a vu lors de la canicule estivale quels pouvaient en ?tre les cons?quences sanitaires ; cela devrait nous faire r?fl?chir aussi aux drames humains, aux souffrances de l??me, que provoque une mise ? l??cart, une sorte d?oubli dans lequel on tombe parfois quand on n?est pas ou plus ? normal ?. Le probl?me pos? par le handicap et la d?pendance n?est pas de ceux dont nous devons nous d?charger sur l?Etat. Alexis de Tocqueville disait que face ? l?alcoolisme, les Am?ricains cr?aient des associations pour soutenir les alcooliques d?sireux de s?en sortir, tandis que les Fran?ais faisaient des p?titions pour que le Gouvernement r?solve le probl?me. Il ne faudrait pas que le probl?me de la d?pendance soit trait? ? ? la fran?aise ?, par un recours automatique ? un Etat tut?laire qui nous d?chargerait de toutes nos responsabilit?s. Nous allons examiner ci-apr?s ce que l?Etat fait et devrait faire, mais il faut auparavant clairement indiquer qu?il ne peut pas se substituer aux familles, aux amis, aux associations. La solidarit? familiale, amicale et associative est irrempla?able, car c?est elle qui parle au c?ur. En outre, le principe de subsidiarit? s?applique : ce sont ses proches qui sont le mieux ? m?me de donner ? une personne d?pendante, avec l?aide dont elle a besoin, l?affection qui a encore plus d?importance. Les administrations doivent intervenir en compl?ment de ces proches, s?ils existent, et en remplacement seulement s?ils n?existent pas ou sont d?faillants. Dans cette optique, les reproches qui ont ?t? faits au Gouvernement de ne s??tre pas assez occup? des personnes ?g?es durant la canicule sont excessifs. Si nous voulons un Etat discret, et qui ne pr?l?ve pas la moiti? de la production nationale, il faut que les adultes ? autonomes ? consacrent du temps ? leurs vieux parents, oncles et tantes, etc., ainsi que, dans un cadre associatif ou simplement en tant que voisins et amis, de personnes ?g?es qui n?ont pas d?enfants pour veiller sur elles. En revanche, le Gouvernement ne prend pas par le bon bout le probl?me de l?assurance d?pendance. La Prestation sp?ciale d?pendance (PSD) ?tait insuffisante, et trop peu de personnes la touchaient : la mise en place de l?Allocation personnalis?e d?autonomie (APA) par le Gouvernement Jospin fut donc une bonne chose. A ceci pr?s que le financement en fut fortement sous-estim?, comme il arrive souvent par suite de l?absence d??tudes pr?alables aux d?cisions. Le Gouvernement Raffarin s?est donc heurt? ? une difficult?, une de plus : o? trouver l?argent ? Il manquait environ 1,2 milliards d?euros par an ; il fut d?cid? d?but 2003 de r?duire la g?n?rosit? de l?APA de fa?on ? ?conomiser 400 millions, et de faire prendre en charge par l?Etat et les d?partements, moiti?-moiti?, les 800 millions restant ? trouver. Mais apr?s la canicule, Alain Jupp? crut politiquement habile de lancer l?id?e d?un branche suppl?mentaire de la s?curit? sociale consacr?e au risque d?pendance. Autrement dit, alors que le co?t de l?APA venait d??tre jug? trop ?lev? et que les r?gles de cette prestation venaient d??tre modifi?es pour le r?duire, et alors que le d?ficit public fran?ais prenait des proportions de plus en plus inqui?tantes, valant ? notre pays de justes remontrances de Bruxelles, le pr?sident du parti au pouvoir ne trouvait rien de mieux que d?ouvrir un nouveau champ de d?penses publiques ! Un champ qui dans l?imm?diat pourrait co?ter plus de 2 milliards par an (9 milliards en 4 ans pour le plan ? vieillissement et solidarit?s ? annonc? par le Premier ministre), et bien ?videmment beaucoup plus par la suite. L'id?e de sacrifier un jour f?ri? pour financer (partiellement) cette nouvelle branche fut alors lanc?e : travailler environ 0,45 % de plus dans l?ann?e sans augmentation de salaire devait permettre sans majorer le co?t salarial de lever une cotisation sociale patronale au taux de 0,3 %. Il faut rendre justice ? Alain Jupp? : il proposa de diminuer tout simplement les r?cup?rations au titre de la RTT ? la r?duction du temps de travail ? ce qui ?tait plus souple et plus intelligent. Le Gouvernement opta pour une autre formule : travail le lundi de Pentec?te pour les fonctionnaires, et un jour f?ri? au choix de l?entreprise pour les salari?s du priv?. Mais s?il est n?cessaire de travailler plus, pourquoi en rester l? ? Ce sont les 35 heures qui sont en cause, pas les jours f?ri?s ! Ou plus exactement, ce qui est en cause, c?est l?accumulation des occasions de ne pas travailler, qu?il s?agisse de la RTT, des 5 semaines annuelles de cong?s pay?s, ou des jours f?ri?s. Quand s?ajoutent ? cela des cong?s de maladie parfois abusifs, des possibilit?s de d?part ? la retraite bien avant 60 ans qui s?apparentent souvent davantage ? des privil?ges qu?? une juste compensation de la p?nibilit? du travail, le diagnostic est simple, et la plupart des ?conomistes le font : s?ils veulent continuer ? am?liorer leur niveau de vie, et notamment leur niveau de protection sociale, les Fran?ais doivent travailler davantage. 0,45 % de travail en plus, ? comparer ? un d?ficit des finances publiques s??levant ? 4 % du PIB, le calcul est vite fait : c?est au moins 8 jours f?ri?s qu?il faudrait supprimer pour simplement se remettre ? flot, et donc avant de d?velopper une nouvelle branche de la s?curit? sociale. Sachant qu?il existe 11 jours f?ri?s en France, bonjour les d?g?ts ! Le bon sens invite plut?t ? revenir sur les 35 heures beaucoup plus ?nergiquement que cela n?a ?t? fait au d?but du quinquennat. On pouvait le faire ? labeur identique (gigantesque !) pour modifier le code du travail et des centaines de conventions collectives. Mais ce Gouvernement a vraiment tendance ? beaucoup modifier les textes pour de maigres r?sultats : d?pendance et retraites , m?me m?thode. Or on ne r?sout pas les probl?mes avec des gadgets, mais avec de vraies mesures. Et on ne les r?sout pas davantage rien qu?en augmentant les cr?dits : en ce qui concerne les handicap?s, dont le sort doit ?tre sensiblement am?lior?, il a ?t? d?montr? (voir notamment l?ouvrage de Pascal Gobry, L?enqu?te interdite , m?me s?il est un peu excessif) que l?on pourrait faire nettement mieux avec les budgets actuels. Jacques Bichot publiera au d?but 2004 aux Editions L'Harmattan une analyse de la r?forme des retraites que Sauvegarde Retraites proposera ? ses adh?rents :" Sauver les retraites ? La pauvre loi du 21 ao?t 2003".

Mots clés associés : d?pendance - financement - r?forme

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