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La grande comédie de la retraite à 60 ans


article publié le 29-05-2012

A peine nommé le gouvernement s’attelle à ce qui est présenté comme LA réforme des retraites. Encore une !


On est prié de ne pas rire… Au menu : le retour de la retraite à 60 ans pour ceux qui, à cet âge, ont déjà tous leurs trimestres. En somme, il s’agit de détricoter une partie des mesures qui avaient été adoptées dans le cadre de la « loi Woerth » du 9 novembre 2010, d’organiser un retour dans le passé ; bref, de sanctuariser une bonne fois pour toutes les vieilles lunes sociales.
 
Cette politique purement électoraliste ne mérite pas la publicité qui lui est faite. Toutefois, la manière dont elle est menée révèle à la caricature la légèreté et l’irresponsabilité avec lesquelles politiques et syndicats interviennent encore dans le domaine des retraites.
 
Décryptage :
 
-          une mesure sous-évaluée
 
Pour calmer le jeu, le gouvernement annonce que le retour de la retraite à 60 ans ne coûtera « que » 1 milliard d’euros par an. On peut redouter que cette estimation soit très sous-évaluée… En effet, le recul de l’âge de la retraite de 60 à 62 ans a été programmé progressivement par la réforme Woerth, de 2011 à 2017, à raison de 5 mois par an. Or, si en 2012 l’âge légal de la retraite est, au plus tard, de 60 ans et 9 mois, il sera de 62 ans en 2017. Si le retour aux 60 ans coûte donc déjà 1 milliard d’euros cette année, il coûtera forcément de plus en plus cher chaque année, au moins jusqu’en 2017. Et, ce d’autant plus que les générations qui arrivent à la retraite sont chaque année plus nombreuses…
 
Dans cette affaire, chacun y va de son estimation au doigt mouillé. Dans son intérêt, le gouvernement en minimise le coût alors, qu’au contraire, d’autres seraient tentés de le majorer. La réalité, c’est que le système de retraite français est si complexe avec sa pléthore de régimes et de réglementations en tout genre, qu’il est impossible d’avancer un chiffre fiable.
D’ailleurs, Jean-Claude Mailly, secrétaire général de FO, l’a reconnu face à Jean-Jacques Bourdin sur RMC (22 mai 2012) : « pour l’instant on n’arrive pas à savoir combien ça va coûter ». Ce qui ne l’empêche pas, cependant, de pratiquer la surenchère et de trouver le gouvernement trop frileux sur ce dossier… Une irresponsabilité invraisemblable et très inquiétante lorsque l’on sait que la présidence du régime général de retraite (CNAV) a justement été confiée, il y a quelques mois, à… FO !
 
-          Une mesure coupée de la réalité
 
Qu’il coûte 1 milliard d’euros par an, le double ou même le triple, le gouvernement annonce le retour de la retraite à 60 ans comme si, au mieux, les caisses de retraites étaient excédentaires ou, au pire, qu’elles étaient à l’équilibre avec quelques réserves constituées au cours des années passées. Ne rêvons pas ! C’est loin d’être le cas.... Vu la force du choc démographique et l’ampleur de la crise économique, la plupart des régimes de retraite continuent à cumuler des déficits grandissants en dépit des dernières réformes… En 2012, l’ardoise sera de 35 milliards d’euros. 35 milliards qu’il faudra encore aller quémander sur les marchés financiers…
Difficile de rajouter du déficit au déficit, pensez-vous ? Dans ces conditions, le gouvernement doit nous dire si, pour financer le retour aux 60 ans, il envisage de baisser les retraites ou de baisser les salaires (hausse des cotisations sociales) ; à moins, évidemment, que ce ne soit les deux…
 
-          L’arbre qui cache la forêt
 
Enfin, en matière de retraite, nos politiques sont passés maîtres dans l’art de jeter de la poudre aux yeux, de focaliser les attentions sur des mesures mineures qui ont le don d’attiser les passions. Avec le retour aux 60 ans, le gouvernement a fait coup double :

      - donner un os à ronger aux syndicats adeptes du "toujours plus" ;
      - faire mine de prendre à bras-le-corps le dossier des retraites, en prenant bien soin d'occulter les vraies problématiques...
  
Le système de retraite français demeure très inéquitable, sans équivalent dans les autres pays développés et, en l’état, il n’est plus gérable. Les engagements retraite à venir s’élèvent à près de 10 000 milliards d’euros… Plus de cinq fois la dette publique ! Autrement dit, alors que politiques et syndicats épiloguent sur l’écume des vagues (la retraite à 60 ans) un tsunami social se profile à l’horizon : le tsunami des retraites.
 
La grande comédie risque alors fort de tourner à la tragédie. Nos nouveaux dirigeants en ont-ils seulement conscience ?
 
 

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