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Notre entretien avec Francis Bennici, de l'équipe de campagne d'Emmanuel Macron


article publié le 26-04-2017

Ce long entretien téléphonique sur la réforme du système de retraite a eu lieu avant le premier tour de l'élection présidentielle 


S.R. : Que prévoit le programme d’Emmanuel Macron en matière de retraite ? Il a parlé d’un régime universel de retraite, donc de la fin des régimes spéciaux. Comment envisage-t-il de procéder ?

Francis Bennici : Il a inscrit la modification de l’obtention de son capital retraite, c’est-à-dire qu’un euro cotisé correspondra, pour toutes les retraites, au même droit. C’est sur ces bases que travailleront le premier ministre, les ministres concernés et les assemblées, et que cette réforme sera réalisée, bien entendu en concertation avec le parlement et les partenaires sociaux.  Cela demandera un certain temps. Emmanuel Macron a précisé que les personnes qui partiront à la retraite au cours de son premier quinquennat, c’est-à-dire entre 2018 et 2022, ne seront pas concernées par cette modification. Si quelqu’un part à la retraite le 1er mai 2022, par exemple, ce sont les anciennes règles qui serviront à calculer sa retraite.

S.R. : Sauvegarde Retraites a adopté pour slogan : « À contribution égale, retraite égale », plutôt qu’ « À cotisation égale, retraite égale », pour tenir compte des apports des familles au système de retraite. En faisant naître et en élevant des enfants, elles contribuent en effet à assurer l’avenir du système de retraites. Que deviennent les majorations familiales dans le projet de M. Macron ?

F.B. : Comme je vous l’ai dit, il n’y aura aucune modification pendant les cinq premières années. Ensuite, à partir du deuxième quinquennat d’Emmanuel Macron, sera mis en place un nouveau système de cotisation, différent. Mais ce qui aura été accumulé précédemment ne sera pas supprimé. Le nouveau support de calcul ne modifiera pas la pénibilité,  ni les avantages prévus pour tel ou tel emploi... La modification concerne la façon de calculer le montant de la retraite. Vous pourrez, par exemple, être salarié d’une banque, au régime général, puis créer votre petite entreprise et passer au régime des indépendants, ensuite entrer dans l’administration et revenir enfin au régime général, en sachant exactement où en est votre cumul de points. Un site internet vous permettra de suivre et de vérifier que ce que vous avez cotisé est bien pris en considération, et vos droits seront les mêmes pour chaque euro que vous aurez cotisé, quels que soient les régimes auxquels vous aurez été affilié : un euro cotisé dans le régime de la fonction publique vous ouvrira les mêmes droits qu’un euro cotisé dans le régime des indépendants.

S.R. : Il est donc prévu de passer au système des points ?

F.B. : Oui, un peu comme dans les retraites complémentaires.

S.R. : L’Agirc et l’Arrco fonctionnent en effet par points. Mais des régimes complémentaires comparables seront-ils créés dans le secteur public, avec une base de calcul étendue à l’ensemble de la carrière comme c’est le cas dans le secteur privé ?

F.B. : Je vous ai exposé notre projet, qui est construit. En revanche, les modifications et les aménagements seront discutés au Parlement et avec les partenaires sociaux ou partenaires financiers. Notre objectif est que chacun soit capable de savoir ce qu’il a cotisé et le montant de la pension à laquelle cela lui donne droit.

S.R. : M. Macron se déclare favorable à la retraite à la carte, mais il parle d’un âge de départ à 62 ans avec la possibilité de travailler plus longtemps, si on le souhaite, pour améliorer sa pension. En quoi cela diffère-t-il de ce qui existe déjà ?…

F.B. : Ce qu’il scelle dans le marbre, c’est que l’âge légal de la retraite est fixé à 62 ans, et non pas à 65 ou 67 ans, ni à 59 ou 60 ans, comme d’autres candidats le souhaitent…

S.R. : Mais peut-on parler, alors, de retraite à la carte ? Qu’est-ce que cela change par rapport à la situation actuelle ?

F.B. : Aujourd’hui, si vous avez déjà beaucoup cotisé et que vous décidez de vous arrêter de travailler à 60 ans, vous pouvez partir à la retraite, mais vous ne toucherez pas de pension. Tandis que quand le système prévu par Emmanuel Macron aura été mis en place, si à 60 ans vous avez suffisamment cotisé et que vous ne pouvez plus ou n’avez plus envie de continuer à travailler, vous pourrez vous arrêter et demander le paiement de votre retraite.

S.R. : Il sera donc possible de partir à 60 ans… Mais alors pourquoi parler d’un âge légal à 62 ans ?

F.B. : Aujourd’hui, l’âge de 62 ans correspond à la majorité des futurs départs avec une retraite convenable.

S.R. : 62 ans serait donc l’âge souhaitable ?

F.B. : Non, l’âge légal de la retraite sera 62 ans. Mais si vous avez suffisamment cotisé, vous pourrez dire: « je veux partir à 60 ans », déposer votre dossier de départ, et à 60 ans et 1 mois vous percevrez votre premier mois de retraite. Vous ne serez pas obligé d’attendre votre 62ème anniversaire pour cela.

S.R. : Qu’en est-il de la décote ? Supprimez-vous ce système injuste, ou le conservez-vous ?

F.B. : Cela fait partie des aménagements qui seront négociés, comme je vous le disais précédemment. Nous ne pouvons pas apporter aujourd’hui, alors que nous ne sommes pas aux commandes, de telles précisions dans un programme présidentiel. Mais vous pouvez imaginer que lorsque nous réaliserons une réforme de cette envergure, qui aurait dû être accomplie voilà vingt ou trente ans, elle sera juste pour tout le monde.

S.R. : Envisagez-vous d’introduire un système mixte répartition/capitalisation, sachant que certains régimes en France, par exemple le régime additionnel de la fonction publique (RAFP), fonctionnent déjà par capitalisation ?

F.B. : Pour l’instant, je n’ai pas d’éléments pour vous répondre sur ce sujet précis.

S.R. : Qu’en est-il de l’augmentation de 1,7 % de CSG, que prévoit M. Macron et qui inquiète de nombreux membres de Sauvegarde Retraite ? Pour les salariés, elle serait compensée par des baisses de charges sur les salaires, mais elle frapperait sans compensation les retraités, sauf ceux qui sont exonérés de CSG ou bénéficient du taux réduit.

F.B. : Vous avez raison, mais en contrepartie, la taxe d’habitation sera supprimée pour les retraites d’un montant maximal de 1 700 € par mois, c’est-à-dire 20 000 € par an de revenu fiscal imposable par personne, ou 40 000 € par an pour un couple. Et si les retraités ont des enfants, le plafond de soustraction de la taxe d’habitation ira jusqu’à 5 000 € par mois pour un couple avec deux enfants. La taxe d’habitation sera diminuée progressivement pour une partie d’entre eux dès 2018, et sa suppression sera effective en 2020 pour 80 % des Français, les revenus de la classe moyenne étant supérieurs aux plafonds prévus.

Je voudrais évoquer aussi la revalorisation des retraites, bloquée depuis 2013. Emmanuel Macron prend en considération ce blocage, mais il ne peut pas se prononcer sur ce qui est possible aujourd’hui, car il n’est pas aux commandes. Il ne veut donc pas faire de promesses qui ne pourraient pas être tenues par la suite. Mais c’est une question qui le préoccupe et qu’il a bien en tête.

Nota : ultérieurement à cet entretien, M. Bennici nous a précisé que 10 milliards d’euros seraient budgétisés pour financer la suppression de la taxe d’habitation, à partir des économies prévues dans le programme d'Emmanuel Macron.



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