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Ce que les candidats à la présidentielle ont dit à Sauvegarde Retraites


article publié le 20-04-2017

Jacques Cheminade, Marine Le Pen, Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon nous ont répondu. Nicolas Dupont-Aignan, François Fillon et Benoît Hamon nous ont adressé un courrier.


Avant le premier tour de la présidentielle, Sauvegarde Retraites a adressé son programme de réforme à chacun des candidats, accompagné d’une demande de rendez-vous. En réponse, nous avons été reçus par des collaborateurs de Jacques Cheminade, Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon et un membre de l’équipe d’Emmanuel Macron a répondu à nos questions au cours d’un entretien téléphonique ; et nous avons reçu trois courriers, respectivement signés par Nicolas Dupont-Aignan,  François Fillon et Benoît Hamon, résumant brièvement leur position en matière de retraites. 

Les autres candidats ne nous ont pas répondu.

D’une manière générale, il ressort de ces rencontres et de ces réponses que les politiques ont une connaissance incomplète, voire mauvaise, du dossier des retraites, qui est certes complexe, mais concerne  tous les Français : les retraités, bien sûr, mais aussi les actifs, qui financent le système et qui seront appelés à en bénéficier eux-mêmes un jour, et les nouvelles générations, qui devront payer les pensions de leurs devanciers, en plus d’une lourde dette publique.

Plusieurs candidats comptent, pour résoudre le problème des retraites et notamment ramener l’âge de départ à 60 ans, sur des changements politiques importants, parfois en lien avec la sortie de l’euro : le retour à la souveraineté monétaire et la baisse du chômage pour Marine Le Pen, l’accroissement de la productivité du travail pour Jacques Cheminade, l’augmentation de la fiscalité des entreprises pour Jean-Luc Mélenchon… Cela ne saurait toutefois dispenser les états-majors politiques d’une réflexion approfondie sur le fonctionnement de notre système de retraite.

Voici le résumé de nos rencontres avec équipes de campagne des différents candidats.

Jacques Cheminade

Sauvegarde Retraites a rencontré Mme Carrel Vereycken, membre de l’équipe de campagne de Jacques Cheminade, au local électoral de ce candidat. Selon Mme Vereycken, M. Cheminade souhaite que l’âge de départ reste désormais fixé à 62 ans. Il pense que le financement des retraites n’est pas lié au nombre des actifs rapporté à celui des retraités, mais seulement au niveau de productivité de l’économie. Cet accroissement de la productivité appellerait une réforme financière restituant à la Banque de France sa capacité de financer l’économie française.

Pour Sauvegarde Retraites, ce pari sur l’avenir et sur l’accroissement de la productivité ne répond pas à l’urgence de la situation et ne permet pas de faire l’économie d’une vraie réforme de fond.

Jacques Cheminade souhaite aussi revaloriser l’Aspa de 100 à 200 €, ainsi que les petites retraites – en particulier celles des agriculteurs et des artisans et commerçants – de 200 € dans un premier temps, pour porter ensuite ces petites retraites au niveau du smic. Il veut en revanche plafonner les retraites les plus importantes.

Il milite également pour que le niveau des pensions soit déterminé en fonction des salaires et qu’il soit davantage tenu compte de la pénibilité de l’emploi.

Enfin, selon la collaboratrice de M. Cheminade, la suppression des régimes spéciaux appelle à terme une réforme, mais ne présente un caractère d’urgence.

Marine Le Pen

L’un des auteurs du programme économique de Marine Le Pen, M. Philippe Murer, a reçu les représentants de Sauvegarde Retraites, dont Marie-Laure Dufrêche. La candidate du Rassemblement Bleu Marine et du Front national propose de ramener l’âge de départ à 60 ans avec 40 années d’annuités. Selon son collaborateur, cette mesure serait rendue possible par le retour à la souveraineté monétaire, qui permettrait de baisser massivement le chômage (les économistes lepénistes en attendent la création de 1,7 million d’emplois) et d’augmenter d’autant le nombre des cotisants. L’idée consiste à « créer de l’emploi pour payer les retraites ».

Cependant, même si ce résultat était atteint, cela resterait insuffisant au regard de l’importance du déficit prévisible de notre système de retraite, conséquence d’une situation démographique dégradée et des engagements de l’Etat sur les retraites de ses fonctionnaires (10 000 milliards d’euros selon l’économiste Jacques Bichot).

Nous avons évoqué plusieurs autres points figurant dans le projet de réforme de Sauvegarde Retraites : le passage aux points, la retraite à la carte, le retour à la démocratie sociale. Philippe Murer a paru ouvert à nos propositions sur ces différents sujets, ainsi que sur la souhaitable suppression de la décote, mais le programme de Marine Le Pen n’en fait pas mention. En revanche, elle souhaite revenir sur la fiscalisation des avantages familiaux et sur la suppression de la demi-part des veuves.

Au cours de notre entretien, le collaborateur de Marine Le Pen a aussi insisté sur la nécessité de réformer le compte pénibilité, évoqué la suppression du RSI et l’augmentation des petites retraites de 80 €, financée par une cotisation sociale de 3 % prélevée sur les importations.

Emmanuel Macron

Nous avons eu un échange téléphonique avec M. Francis Bennici, membre de l’équipe de campagne d’Emmanuel Macron. Le programme du candidat d’En Marche contient plusieurs propositions qui coïncident avec celles de Sauvegarde Retraites :

-         il est favorable à la suppression des régimes spéciaux de retraite et à la mise en place, à terme, d’un régime unique. Cette suppression serait toutefois progressive ;

-         il propose aussi de généraliser le système par points, déjà en usage à l’Agirc et à l’Arrco ;

-         il souhaite mettre en place la retraite à la carte, en fixant toutefois l’âge légal de départ à 62 ans. Toutefois, explique son collaborateur, il serait possible de partir dès 60 ans avec une retraite moindre.

Interrogé sur l’opportunité d’un système mixte, associant un étage de répartition et un étage de capitalisation, et sur une éventuelle suppression de la décote, Francis Bennici a convenu qu’Emmanuel Macron n’avait pas développé de réflexion sur ces sujets, qui devront être traités par l’Assemblée nationale et le Sénat lors de la discussion de la réforme.

Quant à l’augmentation de 1,7 % de la CSG qui frappera 60 % des retraités (ceux qui bénéficient de l’exonération ou du taux réduit de CSG n’étant pas concernés), et qui inquiète à juste titre les membres de Sauvegarde Retraites, M. Bennici  affirme que leurs effets négatifs sur les pensions de retraite seront compensés par la suppression de la taxe d’habitation. En bénéficieraient les retraités dont le revenu fiscal imposable n’excède pas 20 000 euros annuels pour une personne seule et 40 000 euros pour un couple. Cela revient toutefois, comme on dit, à mélanger les torchons et les serviettes. En effet, la CSG alimente les caisses de la Sécurité sociale (dont le budget est fictivement distinct de celui de l’Etat), tandis que la taxe d’habitation sert à financer les collectivités locales (communes, départements, régions…), sur lesquelles l’Etat s’est en outre déchargé ces dernières années d’un certain nombre de missions…

Nous avons formulé la crainte que cette suppression de la taxe d’habitation ne soit compensée par la création d’un nouvel impôt local ou l’augmentation de taxes déjà existantes. M. Bennici nous a rappelés pour répondre à cette critique, en expliquant que l’Etat compenserait totalement, dès 2018, cette suppression de la taxe d’habitation : "10 milliards d’euros seront budgétisés à cette fin, financés par les économies prévues dans le programme d’Emmanuel Macron" nous a-t-il précisé. Nous en prenons note.

 Jean-Luc Mélenchon

Marie-Laure Dufrêche a rencontré Mme Marie Agam, membre de l’équipe de campagne de Jean-Luc Mélenchon. Les positions du candidat de « la France insoumise » sont très éloignées de celles de Sauvegarde Retraites. Il souhaite ramener l’âge de départ à 60 ans avec 40 annuités et compte financer cette mesure par un recours massif à l’impôt, prélevé notamment sur les entreprises. Mais les entreprises sont des vaches à lait qui ne peuvent être traites indéfiniment sans de graves répercussions sur leur développement, donc sur l’emploi – et, in fine, sur l’équilibre des caisses de retraite.

Par ailleurs, Jean-Luc Mélenchon n’envisage pas de supprimer les régimes spéciaux du secteur public – apparemment, l’Egalité qui figure dans la devise de la République n’est pas pour tout le monde.

Marie-Laure Dufrêche ayant demandé si Jean-Luc Mélenchon envisageait d’introduire dans les retraites du secteur privé une part de capitalisation, comme il en existe dans le régime additionnel de la fonction publique (RAFP), Mme Agam a répondu qu’il n’en était pas question.

 
Ils nous ont écrit…

Nicolas Dupont-Aignan
 


Le candidat de Debout la France a adressé un courrier à Marie-Laure Dufrêche, Déléguée générale de Sauvegarde Retraites, pour l’informer des points de son programme concernant les retraites. Il propose de :

       - maintenir l’âge minimum de la retraite et la durée de cotisation annuelle prévus par la loi de 2010 » (pour mémoire, 62 ans et une durée de cotisation de 41,5 ans en 2020) ;
- instaurer "un unique organisme pour tous" (ce qui suppose la suppression des régimes spéciaux ;
instaurer également "un système unique à points, simplifié, qui prenne en compte la pénibilité".

Les deux derniers points correspondent aux demandes formulées par Sauvegarde Retraites, dans la perspective d’une réforme structurelle du système de retraite.

Par ailleurs, Nicolas Dupont-Aignan indique qu'il souhaite augmenter le minimum retraite à 1 000 € pour une personne seule et à 1 500 € pour un couple ; indexer les minimas sociaux sur l'inflation ; augmenter les droits de retraite pour les mères de trois enfants et plus ; augmenter les pensions pour près de la moitié des retraités, à hauteur de 100 € par mois, en finançant cette mesure par la suppression de la contribution nette de la France à l'Union européenne (8 milliards d'euros par an) ; exonérer la majeure partie des successions en ligne directe, ainsi que la transmission d'entreprises et de commerces en les exonérant de droits de succession et de donation sur 90 % de leur valeur (contre 75 % aujourd'hui) pour favoriser la transmission du patrimoine ; en matière de santé, améliorer le remboursement des soins dentaires, auditifs et optiques ; réduire la TVA sur les travaux d'aménagement afin de faciliter le maintien à domicile, pour répondre aux inquiétudes des retraités concernant la dépendance.

"Deux principes que j’estime essentiels permettront aussi d’assainir notre système de retraite", ajoute le candidat de Debout la France : "les personnes qui travaillent en France doivent cotiser en France, les personnes qui perçoivent une retraite en France doivent avoir obligatoirement cotisé en France. La solidarité nationale ne doit pas être affaiblie par ceux qui refusent l’effort collectif". 



François Fillon

Nous avons déjà exposé et commenté, sur notre site internet, le contenu du courrier que nous a adressé François Fillon. Rappelons qu’il n’y est pas question d’une réforme structurelle, ni du passage à un régime à points à propos duquel ce candidat a d’ailleurs déclaré, lors du débat à cinq du 20 mars que « c’est surtout une manière de baisser le niveau des pensions en réglant chaque année la valeur du point ». Pour restaurer l’équilibre financier du système de retraite, François Fillon préfère reculer l’âge de départ à 65 ans.

En revanche, le candidat de la droite et du centre a inscrit dans son programme la suppression des régimes spéciaux, qui « devront basculer vers le régime général ». Cette position s’inscrit dans la suite de la réforme des retraites de la fonction publique que François Fillon avait eu le courage de réaliser en 2003.

Il veut par ailleurs augmenter de plus de 300 € par an les pensions du régime de base inférieures à 1 000 € et augmenter d’au moins 10 % par an les petites pensions de réversion.

 
Benoît Hamon

Comme François Fillon, Benoît Hamon nous a adressé une lettre. Le candidat socialiste considère, contre toute évidence, que les réformes déjà réalisées « ont non seulement permis de rétablir l’équilibre financier des régimes, mais qu’elles assurent, dans la durée, sa soutenabilité (sic). » Mieux : « Loin d’être en danger, les régimes de retraites pourraient même, prochainement, dégager des excédents substantiels », d’autant plus que le projet socialiste en matière d’économie, « tourné vers l’emploi, l’innovation écologique et le pouvoir d’achat », contribuera, toujours selon Benoît Hamon, « à améliorer encore la situation du système de retraites ». Le candidat du PS se « réjouit » donc « que la situation ait profondément changé et que, désormais, nous puissions regarder l’avenir avec confiance. »

Quant aux régimes spéciaux, Benoît Hamon considère « que les conditions de départ à la retraite des agents publics ne sont pas, en moyenne, plus favorables que celles des salariés du secteur privé. » Il pourra tenter d’en convaincre le chauffeur de bus du secteur privé, qui part à 62 ans avec une pension calculée sur les 25 meilleures années (Cnav) ou l’ensemble de la carrière (Arrco) et destinée à être rognée au fil des ans, alors que son collègue du secteur public (RATP) peut partir à 52 ans avec une pension calculée sur le salaire des six derniers mois et dont le niveau est garanti…

Curieusement, le candidat socialiste écrit aussi que les projets d’alignement des « conditions de départ du public sur celles du privé (…) dégraderont nécessairement le niveau de pension d’un grand nombre de fonctionnaires ». Pourquoi donc, si les unes et les autres se valent ?

Ce solide mépris des réalités est de ceux qui précèdent les grandes catastrophes et les défaites magistrales.

La position de Sauvegarde Retraites

L’association est indépendante de toute formation politique et ne saurait donc donner une consigne de vote pour la présidentielle. Il appartient donc à nos membres de se déterminer dimanche prochain en fonction des éléments que nous avons exposés ici et des propositions que Sauvegarde Retraites formule dans son Programme pour la Présidentielle 2017, disponible sur notre site…, en n’oubliant pas, qu’en politique, les promesses n’engagent jamais que ceux qui les reçoivent !

 

 

 

 

 

 

 



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