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La technocratie bientôt enseignée aux élèves de troisième


article publié le 31-05-2016

Le directeur général de l’Agirc Arrco souhaite que le système français de retraite soit expliqué aux élèves de troisième. Bon courage aux collégiens !


Les Français ne s’intéressent à leur retraite qu’au moment de la prendre. Déplorant cette négligence, les gestionnaires de l’Agirc et de l’Arrco l’expliquent notamment par "la complexité du système de retraite, qui décourage les non-spécialistes de s’y intéresser", constate François-Xavier Selleret, directeur général de ces régimes de retraite complémentaire des salariés du privé, dans un entretien accordé à BFMTV.

L’Agirc et l’Arrco ont donc décidé d’informer et de sensibiliser les futurs retraités au plus tôt, avant même qu’ils se soient engagés dans la vie active ! Pour les inciter à « anticiper », François-Xavier Selleret prévoit ainsi de « faire de la pédagogie de collégiens à partir de la prochaine rentrée scolaire. Ils doivent faire un stage d’observation en classe de 3ème. Nous allons les y aider et en parallèle, les informer sur ce qu’est une pension de retraite, son mode de calcul, etc. », dit-il.

Si l’on ne veut pas que ces malheureux élèves y perdent le latin qu’on ne leur enseigne plus, il faudrait préalablement simplifier et assainir l’ensemble du système de retraite, que sa diversité rend incompréhensible : plus de 40 régimes de base ou complémentaires, les uns à prestations définies (montant garanti), les autres à cotisations définies (montant non garanti), les uns financées par les cotisations des actifs (répartition), les autres par les contribuables (régimes spéciaux du public), avec des règles très différentes concernant les bases de calculs, les âges légaux de départ, les décotes et surcotes, les bonifications d’annuité, les conditions de réversion, etc.

Certes, l’Agirc et l’Arrco comptent parmi les régimes de retraite qui ont accompli les plus gros efforts de simplification, en s’efforçant, d’ une part, de rationaliser et d’harmoniser leur propre gestion et, d’autre part, de ne pas laisser s’accroître leur déficit – fût-ce au prix de remèdes douloureux, comme en témoigne l’accord du 30 octobre 2015.  Mais l’Agirc comme l’Arrco n’en restent pas moins une composante de l’Etat-Providence et d’un système à caractère obligatoire et collectiviste qui aboutit à déresponsabiliser les Français. Faut-il s’étonner, alors, que ceux-ci se désintéressent d’un ensemble de règles qu’ils subissent et ne choisissent pas ?

Ces règles restent horriblement compliquées. Dans l’entretien précité, François-Xavier Selleret lui-même commet une erreur (ou un effort de simplification abusive ?) en déclarant que « l’Agirc-Arrco incite à retarder l’âge d’arrêt de l’activité professionnelle en élevant le montant mensuel de la pension si la personne continue de travailler après 64 ans ». En réalité, aux termes de l’accord de 2015, à partir de 2019 ce bonus de 10 %, 20 % ou 30 % (selon le nombre de trimestres supplémentaires travaillés) ne bénéficiera (pendant un an) qu’aux personnes qui partiront à la retraite deux ans après avoir atteint l’âge du taux plein : soit 64 ans si le retraité a le taux plein à 62 ans ; mais 65 ou 66 ans s’il arrive au taux plein à 63 ou 64 ans – ce qui sera le cas de la plupart des salariés du privé…

Parallèlement, un malus de 10 % par an pendant trois ans frappera les affiliés à l’Agirc et à l’Arrco qui partiront à l’âge du taux plein : 62 ans ou plus jusqu’à 65 ans.

Mille excuses, cher lecteur, de vous infliger ces développements, qui ne donnent qu’un aperçu de la redoutable complexité du fonctionnement technocratique de notre système de retraite. Il est conseillé aux parents des élèves de troisième de constituer dès à présent des stocks d’aspirines en prévision des migraines dont souffriront leurs enfants.

 



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